Le maté c’est quoi ?

Le maté est composé des feuilles séchées et généralement torréfiées de l’arbre Ilex paraguariensis, une espèce native des régions subtropicales d’Amérique du Sud.


Cet arbre, pouvant atteindre jusqu’à 20 mètres de hauteur, appartient au genre Ilex, tout comme le houx, ce petit arbuste aux feuilles piquantes et aux baies rouges bien connu dans d’autres parties du monde.

Cependant, contrairement au houx, l’Ilex paraguariensis est un arbre imposant, principalement cultivé en Argentine, au Paraguay, en Uruguay et dans le sud du Brésil.

Sa distribution géographique est assez restreinte en dehors de ces régions, ce qui contribue à faire de ses feuilles, une ressource locale précieuse pour les populations de ces pays.

La préparation du maté est au cœur de la culture de ces pays, où il s'agit de la boisson non-alcoolisée la plus populaire.
Considéré comme un puissant stimulant en raison de sa teneur en caféine, le maté est comparé au café ou au thé, mais avec une influence culturelle et sociale bien plus marquée dans ces régions.

En effet, il n’est pas seulement une boisson quotidienne, mais un véritable rituel social et familial qui unit les gens autour d'une calebasse, le récipient traditionnel dans lequel on le prépare. 

L’histoire du maté remonte bien avant l’arrivée des colons européens en Amérique du Sud. Les peuples autochtones, notamment les Guaranis, ont été les premiers à cultiver et consommer cette boisson énergisante.

Lorsque les Espagnols ont débarqué dans les années 1500, ils ont rapidement découvert que les populations locales buvaient ce breuvage pour ses vertus revitalisantes.

Cependant, ce comportement a aussitôt suscité la méfiance des missionnaires jésuites qui, peu familiers avec les traditions locales, ont cherché à interdire cette consommation. Leur tentative d’éradiquer la pratique s’est cependant avérée vaine.

Les colons eux-mêmes, conquis par les bienfaits du maté, ont fini par l’adopter et même par en organiser le commerce.

Le maté a ainsi pris une place prépondérante dans la culture sud-américaine, au point d’être surnommé "l’or vert".

En Europe, il a été baptisé "thé des Jésuites", en référence à ceux qui ont orchestré son importation.

Aujourd'hui, l'Argentine est le premier producteur mondial de yerba mate, assurant plus de 60 % de l’approvisionnement global, suivie par le Brésil avec 30 % du marché, puis le Paraguay. En 2019, l’Argentine a produit plus de 800 000 tonnes de yerba mate.
La production est en grande partie destinée à la consommation locale, près de 90 %, tandis que le reste est exporté.

Les producteurs argentins, organisés en une cinquantaine de coopératives, jouent un rôle clé dans cette économie, où les grandes exploitations coexistent avec de plus petites, souvent familiales, où le travail manuel reste prépondérant.

Malgré la dureté de la récolte, qui est un travail ardu, mal rémunéré, ces exploitations représentent une source d'emploi essentielle dans les régions rurales. Les salaires varient, avec une moyenne de 30 € par jour pour neuf heures de travail presque ininterrompu, ce qui en fait une culture d’une importance socio-économique capitale dans ces pays.

La récolte du maté se fait de manière traditionnelle, dans des plantations où les arbres sont taillés pour ne pas dépasser une hauteur de deux à trois mètres, afin de faciliter l’accès aux branches lors de la cueillette.

Après la récolte, les branches sont immédiatement transportées au centre de transformation.

L’une des premières étapes consiste à exposer les feuilles à une flamme pour un procédé appelé "el sapecado", qui vise à réduire l’humidité de moitié en projetant des étincelles sur les feuilles. Ce processus de torréfaction détruit une partie des antioxydants, ce qui a conduit certains chercheurs à suggérer que pour maximiser les bienfaits du maté, il serait préférable d’éviter cette étape.

Cependant, la tradition l’emporte souvent sur les recommandations modernes, et ce mode de transformation reste largement utilisé.



Les feuilles séchées sont ensuite broyées pour obtenir une poudre grossière, parfois mélangée à des brindilles, bien que la qualité du maté soit jugée supérieure lorsque la présence de ces brindilles est minimale.

Le maté est ensuite stocké pendant une période de neuf à douze mois pour qu’il mûrisse et développe ses arômes.

Ce processus de vieillissement est minutieusement surveillé par des experts qui vérifient régulièrement le parfum des lots, et les mélangent pour garantir une qualité de goût uniforme.

La consommation traditionnelle du maté se fait en utilisant une calebasse, dans laquelle on place le maté sec, jusqu’aux trois quarts du récipient.

On insère ensuite une paille métallique filtrante appelée "bombilla", et on verse un peu d'eau tiède ou froide dans la calebasse pour humidifier les feuilles.

Après un bref moment, on ajoute de l'eau à 80°C, on laisse infuser et l'on peut commencer à boire.

Le maté est souvent réinfusé plusieurs fois, chaque nouvelle infusion atténuant progressivement son amertume initiale pour laisser place à un goût plus doux, similaire à celui d’un thé vert japonais.

Cette méthode d’infusion répétée permet de tirer pleinement profit des bienfaits du maté tout au long de la matinée.

Sur le plan pharmacologique, le maté est reconnu pour sa richesse en caféine, comparable à celle du café.

En consommant la totalité du contenu d'une calebasse après une dizaine d'infusions, on peut absorber jusqu’à 200 mg de caféine.

Les premières infusions sont les plus concentrées, avec 60 à 80 % de la caféine libérée. Malgré cette teneur en caféine, beaucoup de consommateurs trouvent que le maté provoque une stimulation plus douce et moins nerveuse que le café.

C’est pourquoi il est souvent utilisé comme boisson de réveil ou pour lutter contre la fatigue au cours de la journée. 

En plus de ses effets stimulants, le maté est apprécié pour ses propriétés antioxydantes. Il contient une forte concentration de polyphénols, des composés qui ont des effets bénéfiques sur la santé.

Certaines études ont même suggéré que le profil antioxydant du maté est supérieur à celui du thé vert, bien que la torréfaction traditionnelle puisse réduire ces effets.

Les recherches ont montré que la consommation régulière de maté pourrait augmenter les réserves en antioxydants dans l’organisme et réduire les marqueurs de stress oxydatif, notamment chez les personnes présentant des déséquilibres glycémiques.

Le maté a également des effets protecteurs sur le système cardiovasculaire.
Il peut inhiber l’oxydation du LDL, une molécule impliquée dans le transport du cholestérol dans le sang.
L’oxydation du LDL est un facteur de risque pour le développement de l’athérosclérose, une maladie qui peut entraîner des complications cardiovasculaires graves.
En réduisant ce risque, le maté se positionne comme un allié pour la santé cardiaque, bien que sa consommation doive être modérée en raison de sa teneur en caféine.

D’autres études ont exploré le potentiel anti-inflammatoire du maté, montrant des résultats prometteurs sur des modèles animaux.

Par exemple, des expériences ont révélé que le maté peut réduire la production de cytokines pro-inflammatoires et atténuer l’inflammation dans divers contextes, tels que la pleurésie, l’inflammation pulmonaire due au tabagisme, et l’inflammation de l’obésité.

Cependant, ces effets ne sont pas encore bien documentés chez l’humain, probablement en raison des doses de maté utilisées dans les études, qui étaient inférieures à celles consommées traditionnellement.

Concernant la gestion du poids, le maté a fait l’objet de nombreuses recherches pour ses effets potentiels sur la perte de poids.
Plusieurs études ont démontré une réduction du poids corporel chez les animaux soumis à un régime riche en graisses et en sucres et recevant du maté.

Cependant, les doses administrées dans ces études étaient extrêmement élevées, bien au-delà de ce qu'un humain consommerait normalement.

Par conséquent, bien que le maté ait montré des effets sur l’adipogenèse et la thermogenèse, son utilisation en tant que produit amaigrissant doit être considérée avec prudence, et les attentes doivent être réalistes.

Enfin, il convient de mentionner que le maté peut avoir un impact sur le métabolisme lipidique.
Des études ont montré que la consommation régulière de maté peut réduire les niveaux de triglycérides et de cholestérol LDL, tout en augmentant le cholestérol HDL, souvent appelé "bon" cholestérol.

Cet effet pourrait être particulièrement bénéfique pour les personnes souffrant de dyslipidémie, bien que toute décision d’intégrer le maté dans un régime thérapeutique doive être prise en consultation avec un professionnel de santé.

En conclusion, le maté est bien plus qu’une simple boisson ; c’est une tradition enracinée profondément dans les cultures d’Amérique du Sud, avec des avantages potentiels pour la santé qui vont bien au-delà de la simple stimulation physique et mentale.

Ses propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et hypolipidémiantes en font un complément alimentaire intéressant.

Cependant, sa teneur en caféine et l'impact potentiel de sa transformation sur ses bienfaits justifient une consommation modérée et éclairée.

Le maté continue de fasciner les scientifiques du monde entier, mais sa richesse réside avant tout dans le partage social et la convivialité qu’il inspire, une qualité qui, elle, n’a besoin d’aucune preuve scientifique pour être appréciée.

Texte inspiré du site Althea Provence.